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Découvrez le parcours étonnant de l’entrepreneur Pierre Demier, créateur du Bar à Savon à Saint-Jean-De-Luz. Une interview d’1h30 super intéressante et enrichissante ou j’ai pu échanger avec Pierre sur son histoire et son parcours entrepreneurial. Et si vous aimez les savons et voulez soutenir une entreprise locale, rendez-vous sur son e-shop.
Je vous laisse maintenant découvrir notre échange…

— PARTIE MARQUE

1/ QUI EST L’ENTREPRENEUR QUI SE CACHE DERRIÈRE LE BAR À SAVON ?

J’ai un parcours plutôt compliqué qui sort un peu des classiques…
J’ai fais un Bac Pro Vente et un BTS vente que j’ai arrêté juste avant le diplôme car j’ai créé Le Bar à Savon à la fin de mon BTS. Le Bar à Savon c’était du réel et donc loin du scolaire ou pour valider le diplôme du BTS on me demandait beaucoup de normes et d’infos très précises qui ne correspondaient pas du tout à ce que je faisais avec mon entreprise. Je n’avais pas envie de me battre pendant des heures pour des choses qu’on me demandait mais qui n’étaient pas réelles et donc loin de l’aventure dans laquelle je me lançais en parallèle. J’ai donc stoppé le BTS juste avant le passage du diplôme et je me suis lancé dans l’aventure avec mon Bac Pro Vente en poche et pas mal d’expérience.

 

2/ D’OÙ T’ES VENU L’IDÉE DE CRÉER DES SAVONS ?

Mon père à l’époque a créé une boutique qui se nommait “Comptoir des Savonniers”. Il tenait sa boutique dans une rue de Saint-Jean-de-Luz.

Il y a quelques années, il souhaitait arrêter et j’ai donc décidé de prendre les rennes pour ne pas perdre cet héritage et cette exclusivité qu’il avait sur ses savons. Je me suis donc rendu chez le distributeur afin de renégocier l’exclusivité que possédait mon père.

Je voulais reprendre le business tout en créant une nouvelle marque qui me corresponde. Cela passait donc par un changement d’identité visuelle, tant au niveau du nom que de l’image afin de proposer quelque chose qui soit plus dans l’air du temps et qui soit à mon image.

 

3/ POURQUOI CE NOM, “BAR À SAVON” ?

Je voulais vraiment quelque chose qui soit dans l’air du temps et qui sorte de l’ordinaire. Sauf que pile à ce moment là, beaucoup de marque se sont créées avec la même idée de nom incorporant le mot “bar”…
Et puis à la base, je devais m’implanter dans un concept éphémère qui devait réunir pleins de marques (food, prêt-à-porter, déco…) donc l’idée du “bar à savon” collait bien !

Mais hélas, comme le parcours entrepreneurial est semé d’embûches, ce concept ne c’est pas fait ! Mais du coup ce nom était quand même super intéressant et je me suis dis que ce n’était pas possible, il était forcément pris. Sauf qu’après vérification, j’ai vu qu’il était disponible. Je l’ai donc bloquer dans la foulée, d’abord sur l’INPI et j’ai ensuite acheté les noms de domaines.

Et concernant le logo, je savais exactement ce que je voulais – enfin surtout, ne voulait pas : du carré ou rond. Je suis donc partie sur un Octogone assez épuré avec le petit rappel de la baignoire assez sympas. J’ai planché sur le sujet avec mon ami architecte et nous avons sortis le logo en 24h que j’ai ensuite déposé à l’INPI ! J’ai acheté les noms de domaines après tout ça.

Je pense que c’est vraiment important aujourd’hui de protéger ses idées… J’allais ouvrir la boutique Le Bar à Savon et j’avais vraiment peur qu’on me le prenne, c’était donc une vraie priorité de protéger le nom et l’identité de la marque.

 

4/ COMMENT CRÉES-TU TES SAVONS ET TE DÉMARQUES-TU DE LA CONCURRENCE ?

La base de mes savons reste toujours la même : elle provient d’une recette ancestrale naturelle qui date de 1920 à la base créée pour la noblesse et la cours royale. Elle mélange l’huile végétale et la glycérine végétale, ce sont donc des savons dits “surgras” tempérés. Cela nous permet de garder de belles couleurs et de conserver les propriétés des huiles essentielles sans qu’elles ne s’évaporent.

Aujourd’hui mon job consiste à trouver des parfums, ce qui fait aussi ma vraie différence : le côté odorant qui est extrêmement fort.
Et pour arriver à ce résultat je fais fabriquer des parfums dans l’une des plus grandes entreprises de parfumeries de France, à Grasse, où l’on fait très attention à tout ce qui est allergène pour pouvoir concentrer mes savons plus que la normale – au niveau du pourcentage je ne t’en dirais pas plus car “secret de fabrication” hehe.

 

5/ DONC PAS DE RISQUE LORSQUE TU CRÉES DE NOUVEAUX SAVONS ?

Même si ma base reste la même, il y a toujours le risque que le parfum développé ne colle pas une fois réalisé en savon. Mais pour le moment je m’en sors plutôt bien ! Sur tous les savons que j’ai réalisé seulement 3 n’ont pas vraiment fonctionnés.

 

6/ À QUI FAIS-TU TESTER TES NOUVEAUX SAVONS ?

Quand je sors un nouveau savon je n’ai pas le temps de l’essayer car il passe beaucoup de tests et de contrôles pour répondre à toutes les normes (contrôle anti-poison, certificat de good manufacturing, preuve que les produits ne sont pas testés sur des animaux, respect de la nature et l’environnement…).

Mais du coup, tes produits sont vegans ?!
Tout est issu du végétal donc oui…

 

7/ D’OÙ PUISES-TU TES INSPIRATIONS ?

Les odeurs qui viennent parfumer mes savons proviennent de mes différents voyages; je me balade à droite à gauche, sens des plantes, des odeurs, dont je m’imprègne et que je vais créer à mon retour en France. Par exemple cette année j’ai sorti un savons aux odeurs balinaises. J’ai adoré sentir les encens et les odeurs que j’ai trouvé à Bali, j’ai donc sorti un nouveau parfum basé la dessus : “voyage à Bali” à base d’encens et de fève de tonka.

Il y a aussi les soins pour la peau. J’ai par exemple sorti un soin anti-ride à base de concombre. Celui-là m’est venu en tête car un jour j’ai trouvé un magazine “Elle” que j’ai commencé à feuilleter et dans lequel il était écrit que “le concombre est le nouveau produit que l’on trouve dans toutes les cosmétiques haut de gamme”, c’est “le nouveau produit révolutionnaire pour raffermir les pores de la peau…”. Je me suis donc dis que c’était le bon moment pour sortir un savon soin à base de concombre. Il fait aujourd’hui parti de mes meilleurs ventes.

 

8/ 2 ANS APRÈS LE LANCEMENT DU BAR À SAVON À ST JEAN DE LUZ, DÉJÀ UNE NOUVELLE BOUTIQUE. LA RECETTE DU SUCCÈS ?

Alors ça, c’est un peu un pari…
J’ai commencé par un petit shop de 8m2 pendant les 3 mois d’été dans la rue Gambetta de Saint-Jean-de-Luz (cf photo de couverture) grâce à un contact – cette rue est la plus chère de France et aujourd’hui si tu arrives à tenir une boutique à cet emplacement c’est que ton entreprise fonctionne ! C’était très compliqué pour l’aménagement, l’espace de découpe, trouver comment attirer des gens dans mon placard à balais ! Mais finalement ça a bien fonctionné et l’année d’après (2018) j’ai fais 6 mois dans ce même espace.

Pour cette nouvelle saison, j’ai décidé de m’implanter dans une nouvelle boutique, plus grande, mais toujours dans la Rue Gambetta et j’aimerais prolonger l’aventure sur du long terme en ayant un shop ouvert à l’année.

 

9/ DONC AVEC UN TEL EMPLACEMENT ET UNE OUVERTURE SAISONNIÈRE -POUR LE MOMENT- TA CLIENTÈLE TYPE EST PLUTÔT TOURISTIQUE ?

Effectivement, ce gros effet de passage dont me fait profiter la Rue Gambetta me permet d’appâter les touristes et gens de passages. Mais j’ai tout de même une clientèle super fidèle (54% de femmes – donc pas mal d’hommes sont aussi intéressés par le savon !). Et ça c’est aussi dû à ce marché super porteur de la cosmétique bio et 0 déchet; les gens ne vont plus forcément en supermarché pour acheter un morceau à 2€ ou une bouteille en plastique…

 

10/ TE SERS-TU BEAUCOUP DES RÉSEAUX SOCIAUX POUR TA MARQUE ?

Alors… Les médias sociaux c’est vraiment pas ma passion – sans te parler de mon orthographe… Donc l’été je post beaucoup car je suis en saison et sur place, mais l’hivers je m’endors un peu sur mes lauriers et les posts se font plus rares… Mais du coup, j’ai pris une stagiaire qui va s’en occuper à partir de maintenant !

[Alors la je vous passe cette partie ou je lui conseille de se mettre sur Pinterest – mon côté Agence Web qui prend le dessus 🙈]

 

11/ QUELS SONT TES PROCHAINES AMBITIONS ?

Pourquoi pas lancer des concessions…

— PARTIE ENTREPRENEUR

1/ QU’EST-CE QUI T’AS DONNÉ ENVIE D’ENTREPRENDRE ?

Déjà, c’est une histoire de famille comme je l’ai expliqué auparavant, avec mon père qui était déjà dans le métier.

Et la seconde raison vient du fait que je voulais me construire une vie au Pays-Basque -car je suis très attaché à mes racines, je surf beaucoup, j’ai ma famille ici- et ça, ce n’est pas donné à tout le monde…
Je me suis donc toujours beaucoup bougé afin de pouvoir subvenir à mes besoins et quand cette opportunité avec mon père s’est présentée, je me suis dis c’était maintenant ou jamais ! Il vaut mieux se lancer un peu tôt et avoir quelques galères qu’attendre et louper le coche…

 

2/ COMBIEN DE TEMPS T’AS PRIS LE MONTAGE DE TON PROJET ?

Mmmmh… 2 mois ! – imaginez ma surprise et ma jalousie haha ! –
Je sors un peu des classiques, grâce à cette exclusivité sur les savons que j’ai pu récupérer, j’ai aussi eu la base de clients qui allait avec. J’ai donc généré du chiffre d’affaire dès que j’ai créé la société.

 

3/ EN TANT QU’UNIQUE GÉRANT, QUELS ONT ÉTÉS TES PLUS GRANDS SOUCIS LORS DE LA CRÉATION DE TA MARQUE ? ET COMMENT LES AS-TU SURMONTÉS ?

Mon plus gros problème ça a été la gestion…. J’ai été très mal “préparé” et le système français n’aide vraiment pas à ce niveau. C’est important de bien checker toutes les aides possibles, les financements etc pour ne pas avoir de mauvaises surprises.
À mes yeux, aujourd’hui le vrai gros problème c’est que quand tu es un jeune et que tu as envie de monter une entreprise, tu peux le faire et si tu as de la chance de faire de l’argent tout de suite c’est hyper cool, mais il faut vraiment tout de suite que ton projet soit solide.

 

4/ LA GESTION EST TA BÊTE NOIRE, ET SÛREMENT CELLE D’AUTRES ENTREPRENEURS (MOI COMPRISE), COMMENT AS-TU FAIS POUR GÉRER ?

J’ai pris un comptable – et la première année j’ai fais ce qu’il ne fallait pas faire… Je ne l’ai pas trop vu et j’ai donc hérité d’une jolie dette que j’ai pris 1 an et demi à rembourser…- Et comme je n’avais aucune notion de tout ce qui était gestion, j’ai décidé de bien m’entourer pour la suite et de voir plus souvent mon comptable ! 😉

 

5/ QUE PRÉFÈRES-TU DANS L’ENTREPRENEURIAT ?

La gestion de mes plannings ! J’aime ma liberté, faire ce que j’ai envie quand j’en ai envie. J’aime mon autonomie et créer… J’aime l’idée que l’entrepreneuriat permet de représenter ce que je suis et qui je suis.

Une des choses que j’adore aussi dans le côté entrepreneuriat c’est les rencontres. Que ce soit la presse ou d’autres entrepreneurs c’est un microcosme très riche qui permet de faire de belles découvertes.

 

6/ PEUX-TU DONNER 3 ADJECTIFS POUR DÉCRIRE TON PARCOURS D’ENTREPRENEUR ?

Dynamisme

Complications

Libertés

 

7/ DEMANDES-TU SOUVENT DES CONSEILS À TON ENTOURAGE ?

J’ai la chance d’avoir autour de moi des gens au nez très développé qui ont bossé dans le parfum. Ma mère et ma soeur sont vraiment très douées la dedans et je leur demande souvent conseil du coup !

 

8/ COMMENT AS-TU FINANCÉ LA CRÉATION DE TON ENTREPRISE ?

J’avais un peu de sous de côté ce qui m’a aidé à me lancer. Et la 2ème chose c’est que je paie mes factures comptants. Je n’ai pas d’écart de tréso, de factures 30j fin de mois etc… Et ça pour moi c’est la base – même si ça limite en possibilité d’ouverture et de développement !

 

9/ AS-TU MONTÉ UN BUSINESS PLAN ?

Étant donné la façon dont je me suis lancé, non !

 

10/ ET DU COUP TU T’ES DÉJÀ SENTI UN PEU DÉPASSÉ ET PAS VRAIMENT PRÉPARÉ À CE QU’EST DEVENU LE BAR À SAVON ?

Il y a des moments ou c’est un peu la galère, tu t’y attends pas. Je me suis par exemple retrouvé tout seul en boutique à faire 70h par semaine ouvert 7 jours sur 7…

 

11/ QUELS CONSEILS DONNERAIS-TU À DES PERSONNES QUI SOUHAITENT ENTREPRENDRE ?

Aujourd’hui beaucoup de personnes plus âgés et expérimentées vont te décourager en te disant “être chef d’entreprise c’est des galères, t’as aucune sûreté…“
Pour moi, c’est un risque dans la vie, mais ça reste l’un des plus beaux risques à prendre car c’est le meilleur moyen de t’exprimer. Je suis vraiment pour cette prise de risque, pour la création. La France a besoin d’entrepreneurs et de jeunes qui se lancent.

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LES INTERVIEWS ENTREPRENEURS C’EST PARTI LA GALÈRE !

#1 – The BBoost

#2 – Kitouni Swimwear